TRIBUNAL CORRECTIONNEL. Trois chefs d’accusation pour une seule et même personne. Le cas de Marie-Chantale Naze semblait bien mal engagé…



“Jamais deux sans trois”. Marie-Chantale Naze a comparu, hier, devant le tribunal correctionnel de Champ-Fleuri pour répondre de trois délits financiers. Son avocat, Maître Matthieu Girard a souhaité les plaider séparément. À raison puisqu’il a obtenu la relaxe de sa cliente dans deux affaires. La prévenue d’origine malgache était d’abord soupçonnée d’avoir émis 70 chèques (96 000 euros) pour le compte de la société dont elle détient la gérance, en dépit d’une interdiction bancaire. “La Bred s’est acharnée” à lui signifier son obligation : une cinquantaine de rappels sont restés lettres mortes. “Étiez-vous obligée de faire cela ?”, interroge le juge Morgan stupéfait.

“Ma cliente avait le chikungunya…”

“Un peu quand même, répond timidement la femme, par ailleurs conseillère juridique depuis des années. C’est incohérent ce que j’ai fait. Je le regrette amèrement”. Faire bonne figure ne peut nuire. Et puisque tous les chèques ont été régularisés, la prévenue a une chance. D’autant que le procureur Attali ne monte pas au créneau. “Nous n’avons pas le courrier d’injonction adressé par la Bred dans le dossier”, fait remarquer Me Girard. Va pour la relaxe. Affaire suivante. Marie-Chantale joue du stylo pour remplir les chèques mais aussi pour corriger les certificats médicaux. Devant un tribunal, cela s’appelle un faux. Il suffit de trois fois rien, juste changer la date du certificat. Une manipulation réalisée pour échapper à un entretien avec le juge de l’application des peines dans le cadre de son sursis avec mise à l’épreuve lié à une condamnation antérieure pour escroquerie. Là encore, le parquet n’élève pas la voix : la certification est incontestable. Mais, c’est sans compter sur l’excuse du chikungunya. À l’époque des faits, Marie-Chantale est malade, courbaturée, sous morphine. Le virus est en elle.

“Elle sait qu’elle est convoquée, relate son avocat. Alors elle demande à son docteur un certificat préventif pour en être dispensée. Le médecin a commis une erreur matérielle”. La date n’est pas la bonne. Marie-Chantale la corrige grossièrement. “Il y a certes une altération, soutient son défenseur, mais pas de la vérité”. Marie-Chantale a déjà, à l’époque, écopé d’une révocation de son sursis avec mise à l’épreuve. Remettre le couvert reviendrait-il à lui infliger une double peine ? Va pour la relaxe.

Jamais deux sans trois, disions-nous. Marie-Chantale revient à la barre pour s’expliquer sur un éventuel abus de confiance. “Un comportement pas très orthodoxe”, selon son avocat complaisant. La société Rénov’net lui remet 14 000 euros à déposer sur son compte. Geste incompréhensible, la convoyeuse dépose une partie de la somme et garde en poche près de 10 000 euros. Elle aurait pu tout garder puisque la société lui devait 15 000 euros. Avec le montant prélevé sur la transaction, la femme mûre investit notamment dans une photocopieuse

L’intention de détourner l’argent ne peut être annulée par l’existence d’une créance, argue le parquet. La défense soutient au contraire que le geste -commercial- s’apparente à la fois à une compensation et à une substitution de paiement.

En clair, Marie-Chantal a réglé ses comptes à sa manière, a prélevé sa dîme et décidé du mode de paiement.

Du cash plutôt qu’un virement dont ordre avait été donné par la société victime. Un élément qui a pesé lourd dans la décision du tribunal. Alors que le parquet avait requis trois mois ferme, Marie-Chantale s’en est sortie avec 500 euros d’amende. Une décision qui sonne presque comme du trois sur trois

Y.G. CLICANOO.COM article original

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